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Chana Tova 5779

Chers amis,


Roch Hachana est appelée par nos Sages dans notre liturgie, « Yom Hazikaron », le jour de souvenir. En ce début d’année, nous rappelons dans nos prières, les personnages clés de notre Histoire et les moments décisifs de l’épopée de l’Humanité : Noé et sa famille, à qui l’homme doit sa survie, ainsi que les Patriarches et Matriarches, qui ont imploré l’Eternel afin qu’Il leur ouvre les portes de la fécondité en ce jour. N’oublions pas non plus nos ancêtres animés d’une foi extraordinaire qui ont suivi Dieu, depuis l’Egypte vers la terre promise, et ce, en dépit des difficultés.


En ce début d’année, nous nous remémorons également ce que furent les douze derniers mois, comme souvent, une succession de moments lumineux, mais parfois aussi tristes et douloureux.


Et puis nous préparons l’avenir. Ainsi, la circoncision, ou brit mila, est désormais règlementée par l’Association françaises des Mohalim. Si l’on a encore malheureusement frôlé des catastrophes cette année, il est heureux que ce geste soit maintenant encadré. « Quel est le Sage ? Celui qui voit ce qui va advenir » nous enseignent les Maximes des Pères. Ce fut précisément l’intelligence du Grand Rabbin Gilles Bernheim que de créer un groupe de travail conduit par le Rabbin Moché Lewin avec les expertises de MM. Charles Sulman, Charles Meyer, Bernard Lobel, Marc Zerbib et Moché Benisty. Notre objectif est de faire adhérer le maximum de Mohalim à ce projet, pour garantir le respect des règles élémentaires d’hygiène tout en prodiguant des assurances aux circonciseurs, car il n’est guère possible de s’extraire de la perception d’un monde qui ne perçoit pas toujours la spiritualité de cet acte. C’est aussi une façon de faire rayonner la notion d’Or La Goyim – Lumière pour les Nations que d’éclairer le chemin du mieux possible.


D’autres personnes éminemment lumineuses ont marqué cette année qui s’achève, parmi lesquelles Simone Veil et Claude Lanzmann. En faisant son entrée au Panthéon aux côtés de son mari Antoine, Simone Veil était la parfaite illustration de ce que peut être une Lumière pour les Nations, n’en déplaise à l’Archevêque d’Avignon et à certains, au sein même de notre communauté, qui ont choisi d’oublier que cet hommage républicain donnait à espérer et à croire en l’Homme et en la France. Ce fut aussi le cas de Claude Lanzmann, honoré aux Invalides, qui nous laisse une œuvre immense et dont l’Histoire retiendra la possibilité qu’il nous a offerte de dire l’indicible, nommer l’innommable avec la puissance du mot Shoah et la violence des témoignages.


Avec eux s’éteignent deux grandes voix, deux lumières pour les peuples et pour l’Histoire. Ils nous laissent leurs œuvres magistrales et leurs engagements sans commune mesure pour perpétuer la mémoire des 6 millions de disparus dans les camps de la mort. A nous aujourd’hui de prendre le relais, de transmettre leurs histoires pour devenir ainsi leurs témoins.


La fête de Roch Hachana, qui célèbre la création du premier homme, a pour mitzva spécifique la sonnerie du chofar : « Il sera pour vous un jour de sonnerie » (Nombres 29, 1). Le chofar, cette corne de bélier, incarne l’essence de cette journée si particulière.


Le 1er Tichri — Roch Hachana — correspond au jour anniversaire de la création de l’Homme par le Tout Puissant. Avec l’apparition d’Adam et son épouse Ève, l’Eternel devient le porteur du titre de Roi de l’Humanité. Pour rappeler le début de Son règne, nous sonnons du Chofar à l’instar des grandes cours royales où le couronnement d’un nouveau souverain était accompagné de telles sonneries dans de longs cors.


Cet enseignement de Rav Saadia Gaon doit toujours nous donner confiance en l'avenir. En sillonnant les routes de France, je peux mesurer à quel point vous tous, collectivement, contribuez à construire l’espérance pour demain, à travers le dynamisme de vos communautés, les inaugurations de synagogues ou de Sefarim. Le Sefer Torah de l’Unité dédié à la mémoire du Grand Rabbin Joseph Haïm Sitruk zal, a commencé son long voyage. Un temps à Villejuif, il va désormais se trouver à Marseille, avant de continuer son périple. Inauguré au cours du dernier Congrès rabbinique, il est un des plus beaux symboles de la fédération des fidèles autour du judaïsme français et de ses valeurs, tout à la fois singulières et universelles, autour de la Thora, comme le rêvait le grand rabbin Sitruk. C’est ce même rêve que porte la place à son nom que lui a dédié la ville de Neuilly. Quel honneur mérité pour lui et pour le judaïsme français dans son ensemble que de voir son guide présenté en modèle pour la Cité !

Le congrès annuel des Rabbins fut d’autant plus festif que nous avons pu renouer avec une tradition chère à mon cœur, celle d’organiser un dîner de Gala. Ce moment chaleureux et convivial, à la mairie du 9è arrondissement de Paris, fut une occasion unique de parler à la société, d’échanger avec les autorités publiques et continuer à inscrire pleinement le judaïsme dans la République.


Il y a des inquiétudes et nous déplorons des victimes de cette barbarie qui vient nous frapper, et je pense cette année à Mireille Knoll, sauvagement assassinée. Mais nous résistons, car nous espérons.


Sonner du Chofar apparait comme l’un des remèdes capables d’apaiser nos craintes, mais aussi un appel à l’espérance. Il nous incombe tout à la fois de nous remémorer le projet divin, le Roi de l’Humanité, Créateur de l’Univers, dont nous rappelons le sacre en tant que roi des rois, roi de l'humanité, il y a de cela 5779 ans, et en même temps, il importe de nous projeter vers l’avenir.


En s’appuyant sur notre passé, nous réaffirmons que nul ni personne ne saurait entraver l’avancée de l’Humanité vers l’ère messianique où se dévoilera aux yeux de tous la grandeur du Créateur et de ses serviteurs, ces hommes et ces femmes ayant su faire de leur existence une ode à l’Eternel, un acte de confiance permanent.


Que cette année soit belle, paisible, prospère et annonciatrice de paix, pour la communauté juive, pour la France, pour Israël et pour le monde tout entier.


Chana Tova Oumetouka, bonne année à toutes et tous.


Haïm Korsia

Grand Rabbin de France

Membre de l’Institut